Itératures est demeuré silencieux ces derniers mois pour élaborer une approche qui puisse répondre aux bouleversements actuels. Pour tous ceux; éditeurs, auteurs, journalistes, qui se préoccupent de publication numérique, j’oserais même dire; de publication tout court (!), le monde a basculé depuis le printemps dernier sur les prémisses esquissées à l’époque autour de l’intelligence artificielle. La stupidification de l’éducation, notamment à l’université? Validée. Exemple, autre exemple.
Les études pleuvent et au final, une question toute prosaïque me tarabuste : dans deux ou trois ans d’ici, nous restera-t’il un lectorat? Ou ceux qui ouvriront encore des livres seront comme ces érudits désuets qui hier encore, pratiquaient le latin?
Autre bogue: la marée de livres publiées par l’intelligence artificielle dans laquelle; se noient éditeurs et auteurs? Un fait accompli. Autre exemple. Et ce ne sont que des variables d’un même problème. Les invasions de robots copiant des textes pour l’une ou l’autre intelligence artificielle mettent à mal les sites de contenus en faisant exploser leur bande passante. Les petits sites d’édition en ligne n’ont pas les moyens de voir leur facture mensuelle de bande passante être multipliée soudain par 10 ou 20. La circulation soudaine de centaine ou de millions de bots ralentit ou compromet aussi l’accès aux sites scientifiques.
Itératures avait publié à la fin juin 769 articles. J’en ai laissé 10 enligne et retiré les autres. En attendant de trouver une solution; c’est-à-dire un lieu virtuel capable de résister aux bots sans occasionner de coûts supplémentaires ni de ralentissement de service. Itératures n’a jamais collecté de données privées, donc aucun souci de vol de données personnelles. C’est toujours ça.
À toutes fins utiles les réseaux (a)sociaux nuisent plutôt que servent, la cause de l’édition; algorithmes trafiqués, désinformation, malversations, etc.; publiciser ses activités sur le 2.0 devient un risque. Et d’un simple point de vue éthique, il est devenu impossible de justifier sa présence sur un machin Meta, X ou autre TikTokisme. Google a récemment admis (en Cour évidemment) que même le web s’effiloche, rongé par les IAs qui affichent un résumé des sites et envoie les usagers ailleurs; vers des sites de commerces en ligne notamment.
En bref; l’intelligence artificielle nous copie, gruge notre bande passante en nous copiant, nous noie sous une marée régurgitée de textes informes en détruisant nos marchés, sabote nos capacités à garder le contact avec des lecteurs qu’elle zombifie et enfin compromet l’existence d’un réseau web où existent nos représentations virtuelles depuis des décennies. Le portrait d’ensemble est calamiteux.
Nous pouvons disparaître, ou résister. Résister veut dire trouver et mettre en place des solutions à une échelle pratique pour nous et dans des délais suffisamment rapides pour nous aider concrètement. Bien sûr, ça et là existent déjà des pistes. Avec son projet Galileo, Cloudflare entend protéger des attaques numériques de tout acabit (IAs incluses) les sites d’édition liés à la liberté d’expression. Il reste que le journalisme est davantage concerné et qu’il y a trop de candidatures pour les moyens même de Cloudflare mais l’idée est valable et applicable dans l’espace francophone. Il ne s’agit pas de fédérer les sites d’édition sous une seule bannière mais de fédérer leur usage d’un serveur; qui devient commun à tous et offre les barrières de protection technologiques nécessaires. En plus de faciliter évidemment la promotion et le contact avec les publics. Au Québec il existe déjà deux noyaux à partir desquels articuler un tel service; l’Entrepôt numérique de DeMarque a l’essentiel technologique et l’ANEL regroupe déjà bon nombre d’éditeurs. Fédérer les besoins en serveur de ces derniers? C’est réaliste. Les coûts par maison d’édition pourraient peut-être même diminuer.
Côté promotion la concept de publicité 360; invoquant à la fois le numérique et le monde réel a longtemps été galvaudé par les agences de pub mais il est temps de revenir à ses sources. Les lecteurs ne sont pas que sur les réseaux sociaux, il existent sur la rue : à l’épicerie, à l’école, dans les banques, les parcs, etc. Mettre sur pied un faisceau de micro-initiatives publicitaires est long et contraignant mais une fois le modèle réalisé, il est réutilisable à l’infini et son audience croît de manière organique. Personnellement, j’imprimerais des textes sur les melons de l’épicerie d’à côté si l’épicier était d’accord et si ça mettait en valeur de manière efficace un livre ou un auteur.
En attendant, notre avenir commun se joue en grande partie dans les procès en cours aux USA entre les corporations de IAs et les auteurs et éditeurs. Create Don’t Scrape offre une fenêtre unique sur leur déroulement. Vous avez probablement lu qu’Anthropic doit payer, 1,5 milliards US à des auteurs.
Mais saviez-vous que le juge a bloqué le projet de règlement car il trouve qu’Anthropic n’offre pas suffisamment?
Il n’y a rien d’anecdotique aux procès et projets de loi chez les États-uniens. Considérez simplement à quel point nos réseaux d’éducation et de santé dépendent de Microsoft et d’autres entreprises ploutocrates et la notion de souveraineté prend tout à coup une autre dimension. Itératures va continuer de suivre l’évolution des écritures numériques mais en privilégiant les stratégies et les outils de lutte qui permettront aux éditeurs et aux auteurs de sortir plus forts de la tempête.
En attendant, vive la résistance!