
Maintenant que l’impérialisme mafieux comme modèle de négociation vient d’arriver sur la scène, la question se pose avec acuité pour les auteurs, éditeurs et créateurs.
Qu’est-ce qui va freiner désormais l’effronterie grandissante de l’oligarchie techno; les GAFAMS et leurs IAs, que protège Trump? En Angleterre l’an dernier, le gouvernement du Labour de Keir Starmer a cédé à leurs arguments et ouvert la porte à une modification des lois sur le droit d’auteur qui livrerait à leurs bots et à la copie la production culturelle du Royaume-Uni. Malgré l’opposition féroce des artistes et ça inclut des poids lourds comme Elton John, Kate Bush et autres Paul McCartney, le maintien de la protection des droits des artistes demeure incertain, l’oligarchie techno maintenant la pression sur le gouvernement. La création culturelle du Royaume-Uni sur une base annuelle pèse environ 60 milliards de dollars canadiens. Les industries créatives elles, valent globalement environ 250 milliards $. C’est beaucoup d’argent à parier sur le succès des LLMs. Pour se maintenir ils doivent notamment copier sans cesse de nouveaux contenus. Les GAFAMS ne voulant pas payer, ils s’aliènent les producteurs de ces contenus qui sont pourtant essentiels à leurs algorithmes. D’où leur exigence que l’État force les créateurs à travailler gratuitement pour eux. Sans gêne majuscule.
Que promettent-ils au gouvernement Starmer en échange? Des sources colossales de nouveaux revenus pour compenser la perte éventuellement massive des revenus actuels? Des investissements de l’ordre de trillions de dollars pour faire contrepoids aux risques courus? Pour l’instant les GAFAMs proposent essentiellement du vocabulaire; des promesses de créativité sans limite, d’innovation, d’avenir radieux. Déjà vu.
Depuis 2022 que l’IA corporative dévaste la culture, si le modèle LLM sur laquelle elle mise tout pouvait faire autre chose qu’imiter et produire du slop, ça se saurait. Si l’opération des mêmes LLMs produisait des revenus conséquents en culture, plutôt que des pertes d’emplois et d’argent, ça se saurait également.
Cependant, le fait demeure que le Canada est maintenant en ligne de mire. Les GAFAMs peuvent mettre beaucoup de poids dans leur vocabulaire. Trump s’oppose très clairement à tout frein à leurs opérations. Le ministre responsable d’élaborer une politique nationale pour l’intelligence artificielle, Evan Solomon, a décalé le dépôt de cette politique, et le sort des droits des artistes canadiens et québécois à plus tard cet hiver. Mais les échos en provenance d’Ottawa ont les mêmes accents affairistes que ceux entendus en Angleterre en 2025; il faut éviter de faire obstacle à l’innovation, il faut devenir une superpuissance de l’IA (comme si le LLM résumait l’intelligence artificielle), il faut développer l’économie. Les GAFAMS ont un accès direct à la gouvernance de l’État. Les créateurs non. Il faut se préparer à réagir si le pire devait se produire et que le gouvernement obligeait désormais les auteurs et les artistes à travailler gratuitement pour alimenter les vampires algorithmiques des technos américaines.
Dans l’espace numérique il existe une relation vitale entre la culture et l’économie. On ne peut simplement sacrifier la première pour prétendre alimenter la seconde. Il faudra revenir sur ce sujet. #Itératures