
En mars 2024, Itératures a publié une entrevue avec Marie Lamarre, directrice éditoriale et l’une des fondatrices du projet d’édition en-ligne québécois Pavillons.
Pavillons publie des œuvres sous forme de série ou feuilleton. Chaque œuvre; poésie, fiction, critique, ou même bande dessinée, etc., est accessible séparément moyennant une somme modeste. En 2024, avec sa petite équipe, incluant Annabelle Moreau et Myriam Comtois, Pavillons travaillait sur une dizaine de projets à la fois et près d’une trentaine d’écrivains et créateurs y avaient déjà contribué. Avec comme objectif à court terme d’introduire une véritable dimension multimédia à sa trajectoire, Pavillons semblait en voie de devenir un véritable petit laboratoire d’édition numérique. Deux années plus tard, et avec la menace que l’intelligence artificielle fait maintenant planer sur l’édition, il paraissait pertinent de demander à Marie Lamarre où en est Pavillons?
Itératures (I) : Comment Pavillons a t-il progressé depuis deux ans et comment s’est orienté cette progression?
Marie Lamarre (ML): Pavillons continue grâce à la participation florissante des artistes. Ces derniers comprennent de mieux en mieux le format et proposent des oeuvres dont les concepts collent bien à Pavillons. Nous avons déjà publié entre 30 et 40 oeuvres ayant impliquées la collaboration d’une cinquantaine d’artistes. Cependant nous gérons moins de projets en simultané; pas plus de trois à la fois. Nous souhaitons y aller plus en douceur et favoriser la concentration des publics sur ce que nous publions déjà tout en respectant bien sûr les horaires de notre petite équipe d’édition.
(I) Vous souhaitiez à l’époque aller vers des oeuvres plus multimédia. Qu’en est-il?
(ML) Le côté multimédia est là sur Pavillons. Tissu d’échos est une oeuvre où deux jeunes femmes s’échangent de la correspondance accompagnée de vidéos. Je suis très ouverte aux oeuvres multimédias même si j’avoue ne pas avoir l’expertise nécessaire. Je ne suis d’ailleurs pas programmeuse. Mais les artistes qui nous proposent les projets ont déjà la maîtrise technique pour les faire. Nous avons également l’ambition à terme de pouvoir offrir des oeuvres qui soient entièrement sonores ou entièrement en mode vidéo.
(I) Sur le plan édition avez-vous l’impression de faire un travail d’expérimentation au niveau des concepts comme jadis le Laboratoire de l’édition de Paris?
(ML) Oui. Nous souhaitons être une vitrine pour les auteurs qui veulent innover et sortir des sentiers battus. Pavillons peut jouer ce rôle là. C’est dans la nature du projet d’innover autant sur le fond que sur la forme. Annabelle Moreau s’exprime souvent dans ces termes pour parler du travail de Pavillons.
(I) Est-ce que les publics sont au rendez-vous?
(ML) Ce n’est pas facile. Le défi est réel. Plusieurs dynamiques jouent ici. Je pense que Pavillons dans sa forme actuelle s’adresse à un public déjà très littéraire et très curieux. Pour que de plus larges publics soient au rendez-vous, il y a du travail à faire sur la plateforme pour mieux aiguiller les choix des publics et mieux mettre en valeur les œuvres. Les publics seraient peut-être aussi davantage présents si nos budgets étaient plus costauds et que l’on pouvait faire de la promotion.
(I) Est-ce que Pavillons obtient un soutien financier quelconque ou le projet est-il entièrement autonome sur le plan de son financement actuel?
(ML) Pour l’instant nous n’avons accès à aucun soutien financier. D’une part nousne sommes pas une OBNL. Et dans ses décisions la Sodec est contrainte par la loi du livre qui exige que pour avoir accès à du financement, les livres soient imprimés sur papier, afin de préserver l’écoystème actuel de l’édition. Du côté du Conseil des Arts du Canada; nous avons obtenu de l’aide de la Pépinière numérique. Mais en général Pavillons semble une bibitte un peu étrange pour les organismes culturels qui distribuent les subventions. Nous ne pensons même pas à nous payer un salaire.
(I) Sous quel angle percevez-vous l’intelligence artificielle?
(ML) Nous n’avons pas encore de politique précise face à l’IA. Je ne vois pas dans le moment l’intérêt de me servir de ce type d’outils. Au Salon du livre on m’a posé la question de l’usage de l’IA pour la veille éditoriale. Je ne me servirais jamais de l’IA pour le faire parce que c’est exactement le genre de tâche qui me passionne dans le métier.
(I) Comment voyez vous l’avenir d’ici 2 ou 3 ans?
(ML) Ça dépend des moyens qui seront à notre portée. Si je rêve un peu, Pavillons est par par définition un projet qui s’exporte, nous pourrions travailler en mode échange avec d’autres pays, d’autres structures ailleurs. Avec tout le travail déjà fait en innovation, nous aimerions également réaliser des groupes d’essais et aussi rassembler des cohortes d’artistes ayant envie d’expérimenter avec la littérature numérique.