Auteurs, éditeurs : la légalisation du pillage de nos écrits est sur la table. Êtes-vous prêts?

C’est très bientôt que le gouvernement Carney décide s’il permet ou non la copie systématique des œuvres par l’intelligence artificielle, sans égard aux droits d’auteur. La question se pose comme suit : ‘’ opt-in’’ ou ‘’opt-out’’?

‘’Opt-in’’ ça veut dire que chaque créateur doit accepter, sur une base individuelle, d’être copié. Un énorme travail pour les OpenAi et autres Anthropic qui ont le fardeau de convaincre.

‘’Opt-out’’ signifie au contraire que par défaut, les IAs peuvent copier sans contraintes et que les créateurs en désaccord doivent se désinscrire auprès de chaque IA (!) et il y en a éventuellement des centaines. Une tâche impossible.

Pour fonctionner, les larges modèles de langage (LLMs) des corporations IAs ont un besoin pressant et continue d’être alimenté en contenus frais. À la manière en quelque sorte, d’un nouveau type de moteur avec un besoin en énergie. Cette énergie, les corporations ont décidé de la voler. Et ils veulent que les gouvernements obligent les producteurs (auteurs cet éditeurs) à la leur fournir gratuitement. Ça parait surréaliste mais c’est pourtant le cas.

Ce qui suinte d’Ottawa n’a rien de prometteur pour nous.
Nous avons également appris en début de semaine que les interventions du public, et les documents déposés par les experts lors des consultations de l’automne dernier que le ministre Evan Solomon avait organisé sur l’intelligence artificielle, avaient été lus, colligés et corrigés par des logiciels d’intelligence artificielle qui en ont fait un résumé lisse et favorable aux corporations que le ministre a reçu avec plaisir. C’est une manoeuvre scandaleuse, prémonitoire de la manière dont l’État peut désormais s’isoler complètement des citoyens pour se concerter directement avec l’entreprise. Elle déligitimise l’État à terme, et renvoie les créateurs (et les citoyens) à eux-mêmes, isolés.

En Angleterre, malgré l’opposition féroce des artistes, et l’appui de la population, le gouvernement en place semble prêt à céder la culture anglaise au pillage au nom bien sûr de la sempertinelle innovation et du progrès économique.

Le gouvernement Carney pour sa part, s’apprête quand même à parier à la hauteur de 65 milliards de nos dollars, la contribution annuelle au PIB des marchés de l’art et de la culture au Canada, sur les IAs, sans le moindre plan d’affaires en échange, sans l’ombre d’une garantie que ce pari a des chances d’être profitable.

Mais quoi qu’il en soit, la décision sera bientôt prise. Et les créateurs, auteurs et éditeurs se retrouvent éventuellement avec la question aigüe de décider que faire avant qu’il ne soit trop tard.

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